Section PCF 75003 du 3e arrondissement de Paris

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Congrès : début d'analyse de Jean-Pierre Israël

Tout d’abord, quelques chiffres sur la dernière séquence électorale : - en France métropolitaine, au premier tour des législatives : 51,29 % d’abstentions et 3,17 % des exprimés pour le PCF. Le total des forces ayant fait campagne pourMélenchon à la présidentielle s’établit à  14,13 % des exprimés, soit une perte de 4 338 793 voix et 5,48 % par rapport à la présidentielle. C’est un échec (que ne saurait cacher la constitution de groupes à l’Assemblée et au sénat). Certes nous nous sommes heurtés au problème institutionnel du présidentialisme (renforcé par le caractère antidémocratique des « primaires »), mais cela pose la question existentielle de ce que doit être une organisation politique porteuse de l’espérance de transformations sociales communistes.

 

Citations de Pierre Laurent (extraits de l’Humanité Dimanche) :

« Le PCF n’est pas perçu comme porteur d’un message d’avenir, comme force alternative crédible . . . » d’où « travailler à des transformations qui marquent un changement qualitatif profond, repenser un processus de rassemblement populaire majoritaure, . . . politiser les luttes et les consciences . . . et dialoguer avec tous les militants de la gauche sociale, syndicale, intellectuelle. » . . .A propos de la France Insoumise : «  . . . destruction du Front de gauche ; si F.I. maintient sa volonté de s’affirmer en processus unique dans l’espace de la gauche, ce sera un obstacle à la construction d’une nouvelle ambition majoritaire . . . Que ce soit « En marche ! » ou « F.I. », le modèle d’organisation reste extrêmement centralisé et descendant, il reste tourné vers la conquête du pouvoir présidentiel » . . . « . . . Franchir une nouvelle étape dans nos batailles communes avec le P.G.E., aller vers un forum permanent des forces progressites européennes. »

« Nous devons nous reposer toutes les questions fondamentales pour procéder à notre propre révolution politique pour nous placer à l’offensive. »

Comment mettre en pratique ces excellentes propositions ?

 

Pour  se « réinventer », nous ne partons pas de rien, et pour élaborer une stratégie politique de dépassement du capitalisme, nous devons tenir compte de l’histoire, des analyses de Marx (et de ses successeurs) et de leurs prolongements actuels en tenant compte des évolutions de la société.

Les racines du PCF remontent loin dans l’histoire, de 1789 (avec entre autres Gracchus Babeuf, Olympe de gouges, entre autres…), le Manifeste du Parti Communiste de Marx, la Commune de Paris 1871, le refus de la guerre 1914, octobre 1917, . . . Mais il faut aussi analyser les années noires (par exemple 1956, qui a vu la non divulgation du rapport Kroutchev, l’approbation de l’intervention soviètique en Hongrie, le vote des pleins pouvoirs à Guy Mollet pour l’Algérie . . . ) non pas pour juger qui que soit, mais pour analyser les contradictions du mouvement ouvrier à la lumière de la dialectique matérialiste. (voir dans « la philosophie ? » pages 559 à 569. Lucien Sève)

Après avoir vu le film « Le jeune Marx », on ne peut qu’être frappé  par le fait que depuis 1848, tout a changé : les conditions économiques, sociales, politiques, idéologiques, mais que le problème fondamental demeure : une classe dominante (le 1 % qui possède les moyens de production, d’échanges et de communication) exploite, aliéne et opprime les classes dominées (les 99 % qui essaient (ou pas) de lutter pour leur survie, leur dignité, l’avenir de leurs enfants et de l’humanité).

«  . . . la malfaisance du capitalisme ne se résume plus à l’exploitation du travail-qui demeure-, elle concerne sous maints rapports le peuple entier, menace l’existence même d’une planète habitable et d’une humanité civilisée. La tâche est alors de concrétiser de façon inventive les possibilités de mouvements largement majoritaires visant à sortir de la société de classes, objectif incontournable, rendant sens actuel à la révolutionnaire visée marxienne du communisme. » (Lucien Sève dans « Cause Commune »)

La révolution sera anthropologique et écologique ou ne sera pas ! D’où, pour « politiser les luttes et les consciences » l’importance primordiale de mener la lutte idéologique sur tous les fronts. Nous devons éviter deux écueils : – le repli identitaire, le retour aux modèles, au « marxime-léninisme » (en fait de retour il faudrait déjà faire un aller !),d’une part, – la dissolution dans un mouvement populiste, d’autre part. Pour cela nous devons proposer aux citoyen(nes)s, à partir des luttes de construire les chemins d’une révolution communiste. Car sinon, sans même parler de la prochaine crise financière qui sera catastrophique, nous ne pourrons pas enrayer la montée des nationalismes et des populismes en Europe, et nous nous retrouverions pour l’élection présidentielle de 2025 dans des conditions politiques encore pires que celles de 2017.

 

Examinons quelques pistes.

Citons Pierre Laurent : « La crise du système capitaliste d’une ampleur inédite nous ramènent aux anticipations de Marx sur le nécessaire dépassement du système capitaliste. Mais pour être pleinement communiste, elle nous oblige à penser les conditions contemporaines de ce dépassement. »

 

Extraits d’un article de Jean Sève dans l’Humanité :

« . . .  la crise du système capitaliste cache une crise bien plus profonde, celle de la société divisée en classes. Avec la mécanisation, l'automatisation, l'informatisation, les activités humaines sont de moins en moins répétitives et de plus en plus axées sur l'inventivité, la création, l'innovation, la surveillance et la réactivité, le service apporté à une clientèle, le conseil . . . Des activités qui exigent des individus très qualifiés, maîtres de leur travail, sans patron, libres de leur emploi du temps, capables d'échanger entre eux. 

Or, dans le système actuel, les rapports sociaux sont corsetés par l'impératif du profit. Les sociétés de classes et les rapports sociaux qui leur sont liés deviennent objectivement des freins pour une prometteuse révolution du travail. Ce qui vient irrépressiblement à l'ordre du jour est la mutualisation des savoirs, le partage des coûts, la coopération à vaste échelle,la promotion concertée du développement durable, la sécurisation de parcours professionnels. La soumission des travailleurs à des donneurs d'ordres ne devient pas seulement inopérante, elle constitue un obstacle historique majeur au développement d'une civilisation bien plus avancée. Dans la même logique, le droit de propriété devient de plus en plus ouvertement contreproductif à l'heure où les sociétés les plus développées peuvent organiser une gratuité bien plus efficace dont le coût serait assumé par la collectivité dans son ensemble. Que peut-il se passer si nous ne regagnons pas l'hégémonie dans le débat d'idées actuel ? Qui peut encore ignorer les risques d'un pourrissement de la crise ? Pourquoi sont-ils si rares les politiques à se placer explicitement dans la seule perspective crédible, celle de l'après-capitalisme ? Et ce, d'autant plus que cet après-capitalisme commence à s'objectiver sous la forme de futurs présents parfaitement visibles. . . 

C'est ainsi que des salariés reprennent en main leurs entreprises condamnées pour construire des entités, dans un contexte très défavorable et malgré l'existence d'une grande diversité en leur sein, authentiquement post-capitalistes (pas de propriété même s'il peut y avoir des investisseurs, pas de rapport dominant-dominé – un homme ou une femme « une voix » - pas de finalité lucrative pour satisfaire des actionnaires tout-puissants, mais répondre à une fin socialement utile, etc.). . . 

Si le mot gauche a encore un sens, s'il n'est pas trop tard pour arrêter une dictature financière aujourd'hui sans véritable adversaire à sa mesure, il doit s'appuyer sur sa seule carte vraiment crédible, celle de l'après-capitalisme, ce qui implique en tout état de cause d'appeler les citoyens ici et maintenant à engager toutes initiatives les conduisant à se ressaisir de leurs biens communs. Ce qui signifie en clair que la validité d'un engagement dans l'action ayant pour fin la construction de nouveaux rapports sociaux, ce que certains osent nommer de façon profondément renouvelée « communisme », et donc à terme de nouveaux rapports de force, n'est pas subordonnée à l'appartenance à une formation partisane, ni à ses retombées électorales : c'est elle bien plutôt qui pourra renouveler le sens de la politique. Elle est essentiellement associée à une conviction qui devrait tous nous rassembler : face à trois crises, et deux issues possibles dont l'une est cataclysmique, il n'y a qu'un seul impératif, gagner les citoyens à la seule perspective convaincante qui s'offre à nous : poursuivre et généraliser une révolution post-capitaliste en partie déjà amorcée. »

 

Pour aller dans ce sens, prenons en compte ce qu’écrit Alain Obadia dans le supplément à l’Humanité du 31 octobre 2017 :

« . . . des biens, des services ou des activités sont déclarés comme n’appartenant à personne, comme étant « inappropriables ». Cela ne signifie pas qu’ils sont en deshérence. Cela signifie en revanche qu’ils sont gérés [ou « gouvernés »] de telle manière que leur usage [l’ »Usus » du droit romain] est partagé selon des règles définies en commun mais que personne ne détient l’ »Abusus », c’est-à-dire le droit de vendre ou de donner, de démanteler ou de détruire. Ces derniers éléments sont des carctéristiques essentielles du droit de propriété qui est ainsi remis radicalement en cause. La gestion des communs obéit ainsi à une logique alternative : celle du partage du droit d’usage et du maintien en bon état [voire du développement ou de l’amélioration] pour les générations futures. »

 

Je propose que le congrès exprime clairement comme un but essentiel du PCF, d’aller vers une société sans classes, vers l’émancipation humaine, en commençant à libérer tous les individus de toutes les aliénations (à commencer par la plus ancienne d’ente elles : le patriarcat, en allant vers l’égalité concrète femme-homme).

 

Annexe 1

[ Ces deux paragraphes pour montrer le rôle essentiel que peut jouer l’aliénation dans l’analyse de classe .

1) Précisions sur les aliénations :

 « . . . prendre pleinement au sérieux l’aliénation du travail fait apparaître en elle des dimensions qui débordent largement le seul cadre de l’acte productif. Ainsi de la science incorporée à la machine et donc au capital sans que rien n’en devienne accessible au profane, salarié de l’entreprise ou non – aliénation culturelle généralisée. Ainsi des faux-semblants objectifs que multiplie l’inversion des rapports sociaux dans ce monde à l’envers qu’est celui du capital – aliénation idéologique pour tous. Ainsi de la constitution des immenses pouvoirs humains en fremde Mächte, puissances étrangères que plus personne n’est en mesure de maîtriser – aliénation historique qui devient celle du genre humain lui-même affronté à sa dérive planétaire. . . L’aliénation n’est pas plus un processus affectant les seuls individus qu’une caractéristique des seuls rapports sociaux, elle est l’autonomisation sauvage de ces rapports sociaux qui prive du même coup les personnes de leur maîtrise d’elles mêmes – un phénomème historique total. C’est pourquoi son concept, dans l’acception qu’en déploie Le Capital, se hausse au niveau d’une catégorie anthropologico-historique majeure. . .

. . . en quoi consiste l’aliénation ? . . . on dira qu’à sa base elle est le devenir-étranger, le dessaisissement à quoi est soumise son activité productive, dans toute la diversité de sens de cette dernière expression – desssaisissement de son produit (le travail est exploité ), de sa maîtrise de soi (le producteur est dominé), de ses besoins et de ses possibles (l’individu est frustré ), de sa vue du réel (sa conscience est mystifiée ), en fin de compte de son sens ( il devient insignifiant ), et même de son statut (sa personne se trouve chosifiée ) ; à l’extrême de la condition aliénée il se déshumanise. »

 

2) Socialisme ou communisme ?

« Si, en effet par aliénation on entend le seul dessaisissement vécu dont souffre de façon annexe l’individu exploité dans son travail, alors il suffit de mettre fin à l’exploitation capitaliste pour émanciper les producteurs – c’est précisément la croyance qu’a impitoyablement démentie l’évolution des pays socialistes. Si au contraire, on prend enfin au sérieux les analyses du Capital, on mesure que sous le concept d’aliénation est à penser non seulement bien plus que la souffrance personnelle des exploités mais bien plus aussi que l’exploitation économique même, savoir la dramatique autonomisation de puissances sociales devenues écrasantes envers les individus faute d’être collectivement appropriées,  autrement dit non la seule existence d’une classe exploiteuse mais bien plus largement le clivage de classe même entre les individus et leurs rapports sociaux – apparaît alors en sa pleine stature communiste la tâche d’une authentique émancipation humaine. »

 

« . . . Que des soignants, enseignants, créateurs, chercheurs, gens de médias se voient traités en main d’oeuvre corvéable constitue une extension inadmissible de l’exploitation capitaliste ; mais que la santé, l’enseignement, la création, la recherche, l’information mêmes soient métamorphosées en rubriques des affaires profitables est une aliénation d’un tout autre ordre : celui d’un attentat de première grandeur à la cause humaine. On touche ici du doigt quelle immense erreur est de réduire l’aliènation à l’exploitation, perdant ainsi de vue le contenu même de ce qui est en jeu : derrière le soignant écrasé, la santé malmenée, et tout le reste à l’avenant, des activités de haute responsabilité civilisationnelle dégradées en quelconques tâches tarifiées. . . . Ici s’impose un essentiel développement de la traditionnelle analyse en termes de classes : à travers les ravages du capital financier s’approfondit un clivage social n’opposant plus seulement classe exploiteuse et classe exploitée mais classe aliénante à un pôle et société toute entière aliénée à l’autre . . . »

N’est- ce pas la situation : à un pôle 1 % et à l’autre 99 % ? ]

 

 

Annexe 2

[ La place centrale du travail.

 L’état du travail aujourd’hui : il est de plus en plus écartelé entre conception et réalisation, divisé entre ce qui relève de l’intellectuel et du manuel, atomisé en tâches empêchant d’en appréhender le sens ; le travailleur devient un appendice de la machine (fût-ce un ordinateur) ; mais c’est peut-être l’organisation du travail qui illustre le mieux la croissante aliénation des travailleurs : « Dès 1981, la sociologue canadienne Hélène David, analysant les formes de l’organisation du travail mises en place par le capitalisme aux prises avec les transformations technologiques, en caractérisait ainsi les principales dimensions : - Éliminer le plus de travailleurs-euses possible – Enlever aux travailleurs-euses la source de leur résistance : leur qualification professionnelle – Empêcher les travailleurs-euses de s’organiser - faire partager aux employés les objectifs de l’entreprise. Un examen rapide de l’état du travail aujourd’hui dans les sociétés développées montre à quel point ce programme a été rempli. »

« Stress au travail, pénibilité physique maintenue, harcélement, troubles musculo-squelettiques, exposition à de multiples risques, mise en condition du personnel et contrôles accrus aussi bien dans la sphère du travail que dans la vie personnelle. »

L’intensification du travail a des conséquences dramatiques sur les salariés : « outre les « cadences infernales » elle est aussi liée à la fixation d’objectifs ou d’effectifs sans tenir compte des réalités du travail, à la complexité des organisations, à la rapidité du changement. Elle s’auto-entretient par un cercle vicieux de l’urgence et de l’impréparation. » (citations d’un article d’Yvette Lucas)

Le summum du « management » est atteint dans certaines entreprises : on donne au travailleur des objectifs dont on sait qu’ils ne pourront pas être atteints, d’où déstabilisation, culpabilisation du salarié, mise en cause de sa qualification, et mise en concurrence systématique. Outre la pression du chômage et de la précarité, les travailleurs sont confrontés aux effets néfastes des formes multiples et complexes d’une intensification du travail qui envahit l’existence et menace la santé. Les conséquences sont l’augmentation de l’absentéisme, des accidents du travail, des arrêts maladie et globalement une baisse de la productivité du travail. ]

 

 

Est nécessaire un nouveau statut juridique de l’entreprise, la réhabilitant en tant que collectif humain créateur de richesses et la sortant de la gouvernance actionnariale pour y faire entrer la démocratie, c’est à dire de nouveaux droits pour les salariés leur permettant de : bloquer les plans de licenciement et les délocalisations, d’intervenir sur les conditions de travail sur la gestion des investissements et de la production (nouveaux critères de gestion sociaux et environnementaux, réinvestir et partager la plus-value autrement, en ayant pour ligne directrice l’économie de capital et le développement du travail vivant), sur l’organisation du travail (notamment organisations « apprenantes », partage des savoirs et savoir-faire, expérimentation collective et évaluation en commun de la coopération, transmission de l’expérience accumulée par les « anciens » …).

Changer la place, le rôle, la nature du travail ne peut se réaliser qu’en établissant un nouveau mode de développement compatible avec notre écosystème sans épuiser les ressources et générer des pollutions destuctrices, et devant permettre l’émancipation humaine et l’accomplissement de la personne. Ce nouveau mode de production et de consommation, c’est partir des besoins (qui ouvrent un débat à part entière), de l’appareil productif nécessaire pour les satisfaire, de la nature de la production dans un cadre durable (aller vers zéro déchet), économe des ressources. C’est engager l’économie circulaire, l’écoconception ; mettre en place la formation initiale et continue des salariés (zéro chômage) ; viser l’élévation du niveau de connaissances, permettre l’accès pour tous à la culture scientifique et artistique pour être en capacité concrète de décider ; impulser la recherche, débattre de son rôle, de la maîtrise citoyenne de ses applications, de la place de la science dans la société ; développer l’accès de tous à la révolution numérique (logiciels libres, plate-formes participatives, fab-lab, . . .) ; développer les biens communs de l’humanité et leur gestion collective ; développer l’appropriation sociale du système bancaire, la gestion démocratique et l’extension des services publics ; développer l’économie sociale et solidaire (réseaux de coopératives, SCIC-SCOOP . . . ) ; territorialiser l’économie (croisement fondamental entre ESS et économie circulaire). Sans avancer vers ces changements, l’émancipation du travail restera illusoire.

Tout cela conduit à repenser le concept de travail et la manière dont les femmes et les hommes produisent leur existence dans leur rapport à la nature et entre eux, et ce faisant se produisent eux-mêmes. Travailler est alors agir avec les autres et pour les autres, avec le sentiment fort de l’appartenance à la société humaine et de l’utilité sociale de ce que l’on produit. Avec cet horizon, le travail - au-delà de la vision rabougrie et aliénante qu’en donne le libéralisme – devient cette part essentielle, personnelle et collective de l’activité humaine qui crée de la valeur en respectant l’environnement naturel.

 

 

 

 

Annexe 3

[Soyons clairs : il ne s’agit pas de proposer un modèle tout en mains, mais de définir des orientations, les objectifs et les moyens étant co-contruits dans les luttes ; d’autant que nous ne partons pas de rien : par exemple, 

- prendre le pouvoir sur l’argent, dans « Financer l’expansion des services publics en Europe » Denis Durand fait des propositions précises,

– transformer les grandes entreprises en « biens commun », comment ? Le congrès pourrait réfléchir à la question. Paul Sindic propose toute une série de premières mesures,

 – proposer le développement des coopératives (SCOOP, SCIC, CAE) et leur mise en réseau avec une orientation communiste, voir Sylvie Mayer etc . . .]

 

 

Annexe 4

 

[Il est urgent de mettre en pratique ces propositions d’Alain Hayot :

A propos du vote FN :

« Ce vote n'est plus un vote circonstanciel mais un vote d'adhésion d'une part importante de l'électorat de droite à un projet de société nationaliste et autoritaire, identitaire et xénophobe. Cette radicalisation droitière s'exprime désormais à l'échelle de tout le territoire et dans toutes les classes sociales comme un vote utile contre toutes les insécurités, tous les abandons, et pour tous les refus, en particulier celui des immigrés et de l'Europe. »

 

Au delà de cette déconstruction,]

 

  C'est à une véritable entreprise  de reconquête d'une hégémonie culturelle émancipatrice qu'il faut s'atteler. Elle doit s'adresser à l'ensemble de la société et réinventer une pensée, des valeurs, des mots, une symbolique qui nous projettent vers un futur qui nous fassent rêver. »

 

« Deux chantiers me semblent essentiels à ouvrir. 

Le chantier de la solidarité : 

il s'agit de renouer des liens fraternels et de produire du commun dans la cité, l'entreprise, l'école, les espaces associatifs et culturels. Il s'agit aussi de repolitiser les enjeux, les luttes et les aspirations, en inventant des modes citoyens d'exercice de la politique qui intègrent et élargissent les formes partisanes dans des espaces citoyens qui rassemblent les différences tout en les respectant, afin de construire du commun. 

Le chantier du projet et de l'alternative :

c'est sans doute le chantier majeur parce qu'il s'agit de forger la trame d'un projet alternatif au néo-populisme qui nous enfonce dans les ténèbres, comme au néolibéralisme qui nourrit la vague brune. Il faut construire ensemble le projet d'une société d'émancipation humaine qui dessine les contours du dépassement de ce capitalisme financier, productiviste et consumériste, d'en finir avec toutes les formes d'exploitation, de domination et d'aliénation de l'homme par l'homme, de la femme par l'homme, de la nature par l'activité humaine ; de penser l'émancipation à partir de l'égalité des droits, l'éradication des discriminations et l'autonomie des individus ; le développement humain, durable et solidaire à l'aide de l'appropriation citoyenne des biens communs et la préservation de la planète ; la civilisation avec le partage des savoirs, des arts et des cultures ; la révolution citoyenne pour une refondation de la République, de la laïcité et de la démocratie. C'est en éclairant l'avenir que nous nous garderons de la barbarie. »

 

Donnons deux exemples de « politisation » des luttes pour finir :

précisons d’abord qu’il ne s’agit pas de faire à la place des organisations syndicales, mais de prolonger chaque lutte par une mise en cause du capitalisme, pour que des propositions concrètes de dépassement du système deviennent majoritaires pour les salariés et les citoyens.

1) Le refus du glyphosate, les « crises » du lait, du beurre, de la pomme de terre, doivent amener  au refus des pesticides, à la remise en cause de l’agriculture industrielle, la garantie des prix aux agriculteurs dans un premier temps, mais dans un second à la nécessité de sortir l’élevage, la pêche et l’agriculture du marché capitaliste, de développer l’agroécologie, l’agroforesterie, de la mise en commun des semences, de la gestion de l’eau, du nettoyage des rivières, océans etc. , de développer des réseaux de coopératives pour contrôler les filières dans des circuits courts, en un mot de changer de mode de production et de consommation. On ne peut espérer faire reculer le vote FN dans les campagnes si on ne mène pas la lutte idéologique parmi les agriculteurs et les salariés du secteur.

2) Au niveau de la santé, « la France en commun » propose un plan de défense et de développement de la Sécurité Sociale, un plan de mobilisation pour la santé, la création d’un pôle public du médicament, . . . oui mais il faut aller plus loin ! Quelle intervention par rapport aux laboratoires privés ? Croit-on que c’est par une pression (politique, économique…) que des laboratoires vont changer de logique et fabriquer des médicaments dans l’intérêt général et non plus les seuls rentables ? Que les multinationales vont renoncer aux brevets  qui leur donnent l’exclusivityé de la production de certains médicaments (vendus à des prix pharaoniques) ? Que l’on va empêcher la destruction de la sécurité sociale(et sa prise en main par les assurances), la marchandisation du corps humain ? N’est-il pas urgent et prioritaire de militer auprès des salariés du secteur pour qu’ils prennent en main la gestion de leurs entreprises en liaison avec les collectivités territoriales et le pôle public du médicament ?

 

Jean-Pierre Israël.

 

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  • JP Israël, Poursuite de l'analyse

    Avertissement préalable : Je suis conscient que le projet communiste dont nous parlons est à des kilomètres des préoccupations de nos concitoyens, le problème n’est-il pas de le ramener au contact ? (le résultat des élections en Corse montre que lorqu’il n’y a pas de conscience de classe, l’abstention et les dérives nationalistes ont le champ libre). Beaucoup de camarades l’ont précisé (Annie-Rose : comment se faire entendre ?, Monique : un projet, oui, mais communicable !, Bernard : Comment s’y prendre ?, Jacques : se convaincre nous-même ou convaincre les autres ? Être proche des gens?). La plupart ont noté l’énorme coupure avec la jeunesse. Patrick Kamenka a montré comment le PCF est réduit au silence et fait des propositions que le congrès devrait prendre en compte, mais pour que le congrès réponde aux questions posées, prenne en compte les propositions, il faut selon moi qu’un maximum de camarades s’expriment. Les inévitables ruptures avec le capitalisme ne constituent pas le blocage principal blocage, celui-ci provient beaucoup plus du fatalisme (à quoi bon voter, la politique ne change pas, à quoi bon se syndiquer, faire grève, manifester, on ne peut rien faire dans l’entreprise, la cité) et de la guerre idéologique menée contre les idées communistes. Continuons donc sur le projet  (on reviendra sur les points ci-dessus par la suite):

    Vive l’internationalisme (prolétarien, mais pas que ...)

    Le plein accord avec l’essentiel du texte de Janine : la nécessaire dimension mondiale du projet communiste, implique les non moins nécessaires actions internationales du PCF. Au premier rang d’entre elles, les luttes pour la paix, pour le désarmement, contre les trafics et les ventes d’armes, le terrorrisme, contre l’exploitation sauvage des êtres humains, des ressources naturelles, pour une planète où chacun pourra se nourir, se soigner, se chauffer, se loger, contre les émissions des gaz à effet de serre, . . .

    Précisons sur quelques exemples :

    1) En France, au lieu de privatiser la Sécurité Sociale au profit des assurances privées comme le prépare Macron, il faut au contraire l’étendre et aller dans le sens des remboursements complets ; mais cela implique deux séries de mesures : * Tout d’abord sa gestion doit être assurée par les salariés et non pas par l’état, ses moyens doivent être accrus par l’augmentation des cotisations sociales pour les laboratoires pharmaceutiques et les industries qui impactent gravement la santé des travailleurs. * Ensuite, le prix des médicaments doit être contrôlé. L’O.M.S. a trop peu de moyens et trop peu de pouvoirs : elle doit pouvoir contrôler les prix et impulser les recherches. Rappelons que si le SIDA prolifère en Afrique, c’est entre autres, parce que le prix des médicaments est beaucoup trop élevé. De même rappelons que le vaccin contre le virus EBOLA n’a été cherché et trouvé que lorsque américains et européens ont été touchés. * Problème lié : on parle beaucoup de violences faites aux femmes, mais les premières contre lesquelles il faut lutter, ce sont les mutilations sexuelles, l’excision est un fléau qui touche 165 millions de femmes dans le monde. Sans attendre une intervention internationale, la France devrait agir en proposant des programmes d’éducation et en soutenant les associations et organisations qui luttent pour le droit des femmes, pour que chaque femme (et chaque homme) puisse disposer de son corps) ; (au Mali, par exemple, ce serait plus efficace qu’une intervention militaire!). Une précision importante : l’excision n’est pas un problème religieux, c’est une pratique barbare qui date de l’Egypte pharaonique (il y a environ 6000 ans) qui ne figure dans aucun texte des trois religions monothéistes occidentales (qui lui sont d’ailleurs postérieures).

    La production de médicaments et la recherche doivent être rationalisées et mutualisées au niveau mondial : laboratoires et industries doivent être placés dans le cadre d’un service public mondial, la santé pour toutes et tous doit devenir un bien commun de l’humanité. A quand un service public européen du médicament ? Tous les problèmes étant liés, cela exige aussi le contrôle des industries chimiques, des industries agro-alimentaires, de la production agricole, de la pêche ...Pour arrêter la production de pesticides, de perturbateurs endocriniens, pour aller vers l’abandon de l’agriculture industielle, et que chaque région du globe aille vers l’autosuffisance alimentaire, pour éradiquer enfin la faim et la malnutrition, la lutte doit devenir mondiale.

    2) Un autre exemple : l’équipe de « Cash-Investigation » a fait un reportage sur la production de coton. Le coton ouzbek est le moins cher et celui de meilleure qualité : récolté à la main grâce au travail forcé de fonctionnaires, d’enfants, il n’est pas abimé par une machine. Il est envoyé dans des usines de tissage au Bangla-Desh, où la main d’œuvre féminine est quasiment réduite à l’esclavage, et les firmes occidentales (Tex Carrefour, Zara, H&M, . . . ) fabriquent des vêtements à des prix records. Certes c’est aux salariés impliqués dans cette chaîne de production de lutter et bien sûr, des réglementations peuvent être obtenues et, avec les intéressés, nous pouvons lutter pour obtenir des mesures internationales contre le libre-échange des multinationales ; mais changer de mode de production et de consommation exige de lutter pour dépasser ce capitalisme mondialisé : inscrivons dans le projet communiste la transformation des ressources naturelles, la production des ressources agricoles et d’élevage, l’eau, l’air, les sols les forêts etc . . . en biens communs de l’humanité.

    Entendons-nous bien : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». C’est aux travailleurs des usines, aux travailleurs agricoles, aux citoyens de prendre leurs affaires en main et de remplacer la logique de rentabilité capitaliste par la celle de la satisfaction des besoins. Mais la prise de conscience nécessaire ne s’effectuera pas toute seule, les indignations et révoltes peuvent déboucher sur des comportements nationalistes, communautaristes, ethnicistes, intégristes religieux, . . . D’où la nécessité de la lutte idéologique, les difficultés venant, entre autres, du fait que, politiser les luttes ne peut être efficace que si cela s’effectue sur deux niveaux : * sur le contenu : donner dans chaque cas des perspectives de désaliénation par rapport au patriarcat et/ou des perpectives de dépassement du capitalisme, des perspectives d’émancipation humaine, pour recréer l’espoir. * sur le niveau : passer du local au régional, au national, au continental, au mondial.

    Jean-Pierre Israël.

    Par jmthurin, le 09 December 2017 à 17:11.

  • Début de réponses de Jean-Pierre Israël à Jean-Robert

    Lors de l’assemblée générale d’hier, Jean-Robert a énoncé plusieurs objectifs (à proposer aux citoyens) pour changer les choses et aller vers l’émancipation humaine : égalité, liberté, sécurité, laïcité, (je résume, à ne pas oublier : la paix). Si on ne peut qu’être d’accord avec ces objectifs, par contre je suis en désaccord avec le fait d’en faire l’essentiel de la lutte idéologique pour plusieurs raisons : * Ces valeurs « républicaines » restent l’idéal du projet communiste, mais ne sont atteignables que par de longs processus de lutte, exemple : la démocratie, ce n’est pas un état comme on voudrait nous le faire croire, cela ne se décrète pas (cela se construit par les luttes), la société est plus ou moins démocratique selon le rapport de forces établi dans la lutte de classes ; en France, dans les entreprises capitalistes c’est le féodalisme, et quant à la démocratie parlementaire, un nombre très important de citoyens n’y croient plus, (ils ne vont pas voter), car malgré les changements de majorités successifs droite-gauche c’est toujours la même politique qu’on leur sert.

    * Élaborer un projet communiste, c’est partir des contradictions de la société capitaliste actuelle, partir des éléments de communisme déjà présents et en cours de développement, et les utiliser pour avancer vers l’émancipation humaine, vers une société sans classes, en commençant à libérer tous les individus de toutes les aliénations (à commencer par la plus ancienne d’entre elles : le patriarcat). (je me cite!). L’objectif du communisme étant, pour moi, le développement intégral de tous les individus. Trois exemples : — sur l’égalité femme-homme : bien sûr, engager tous les citoyens et les citoyennes à lutter contre les violences faites aux femmes, à obtenir des lois organisant l’égalité concrète, mais aussi lutter pour une laïcité bien comprise, contre tous les intégrismes religieux, pour le développement de l’esprit critique, ce qui engage une refonte complète du sysrème d’éducation, un véritable pluralisme dans les médias, une véritable démocratie dans l’entreprise et finalement le remise en cause du système capitaliste en entier. — sur la sécurité sociale (Janine a montré hier soir le caractère communiste de ce progrès social obtenu, entre autres, par le PCF). Il est nécessaire de revenir à la gestion de la Sécurité Sociale par les citoyens avant qu’elle ne tombe entre les mains des assurances privées. Mais ce n’est pas le seul secteur concerné ! Nous proposons d’instaurer une sécurité d’emploi et de formation : là aussi, ce n’est pas à l’état de gérer, mais aux salariés, en engageant les entreprises (dont le statut aura été modifié) et le sytème bancaire socialisé, ce qui suppose que ces objectifs soient devenus ceux des travailleurs et créateurs de ce pays. [— sur la liberté , je cite Marx : « En fait, le royaume de la liberté commence seulement là l’on cesse de travailler par nécessité et opportunité imposée de l’extérieur ; il se situe donc, par nature, au-delà de la production maérielle proprement dite. De même que le sauvage doit lutter contre la nature pour pourvoir à ses besoins, se maintenir en vie et se reproduire, l’homme civilisé est forcé, lui aussi de le faire et de le faire quels que soient la structure de la société et le mode de la production. Avec son développement s’étend le domaine de la nécessité naturelle, parce que les besoins s’élargissent, mais en même temps s’élargissent les forces productives pour les satisfaire. En ce domaine, la seule liberté possible est que l’homme social, les producteurs associés règlent rationellement leurs échanges avec la nature, qu’ils la contrôlent ensemble au lieu d’être dominés par sa puissance aveugle et qu’ils accomplissent ces échanges en dépensant le minimum de forces, et dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. Mais cette activité constituera toujours le royaume de la nécessité. C’est au-delà que commence le développement des forces humaines comme fin en soi, le véritable royaume de la liberté qui ne peut s’épanouir qu’en se fondant sur l’autre royaume, sur l’autre base celle de la nécessité. La condition essentielle de cet épanouissement est la réduction de la journée de travail » Passer de la production de la valeur d’échange (dont l’accumulation est le seul but du capital) à la production de la valeur d’usage (réduite au temps de travail minimum), et à la libre création (qui disposera d’un temps maximum). N’est-ce pas un beau projet communiste ?]

    * Sur l’histoire : les révolutions du vingtième siècle se sont toutes déroulées au cours de guerres civiles et de libération, et se sont « limitées » à la prise du pouvoir. Des trois mesures fondatrices d la Révolution d’Octobre : la paix, la terre aux paysans, les usines aux ouvriers, seule la dernière est une avancée « communiste ». Dans les circontances actuelles, essayons de penser et de mettre en pratique une révolution véritablement communiste qui puisse réussir. Pour cela, il me paraît nécssaire d’étudier le passage du féodalisme au capitalisme en Europe occidentale, ce texte étant déjà beaucoup trop long je ne développe pas, on pourra se référer au livre « Marx penseur du possible » de Michel Vadée (pages 450 et suivantes). En très gros, il distingue deux périodes : de la fin du Moyen Age au 17 ème siècle, formation du capital et ensuite seulement développement sur sa propre base.

    * Par rapport au congrès et à son déroulement, je propose de prendre au mot les déclarations de Pierre Laurent rapportées dans l’Humanité » : dans l’huma du 6/11, il a fixé «le cap », « l’extension continue et planétaire des droits humains par la démocratie, pour le progrès social solidaire, l’avenir écologique, ..la liberté féministe, le refus de tout racisme, pour la maîtrise des richesses et des savoirs et le droit à la paix » et dans l’huma du 22/11 , sous le titre « Le communisme Qui est le nôtre est la question de notre temps » : « . . . le 21 siècle peut être le premier à être confronté à l’échelle de la planète toute entière à la question du « post-capitalisme » . . . Mais le fait est que se répand l’idée qu’il devient urgent de concevoir et préparer le passage à une nouvelle civilisation . . . le système capitaliste mondialisé n’est plus capable de porter les promesses d’épanouissement et d’émancipation humaine. Le monde craque et le monde souffre. Il est entravé, dans ses développements, par les logiques de la rentabilité finnacière à outrance, par l’exarcerbation de la concurrence, par les dominations patriarcales, alors qu’il faudrait développer la coopération et le partage. La question écologique la question de la paix, quand tant de menaces pèsent à nouveau, la question des libertés et de la dé mocratie, la lutte contre le pouvoir des transnationales sont le théâtre de mobilisations et des enjeux majeurs d’une lutte à l’échelle mondiale » Par exemple : face à l’offensive antisociale de Macron, sont prévus , le 3 février 2018, des états généraux du progrès social, appelant à une «révolution sociale » (on disposera de cahiers du progrès social » je propose que pendant le mois de janvier on organise des initiatives (ciblées), pas seulement pour recueillir les propositions des citoyens mais pour proposer leur prolongement par le commencement de dépassement du capitalisme.

    Jean-Pierre Israël.

    Par jmthurin, le 01 December 2017 à 17:52.